Procès Ngenzi et Barahira : J’étais affligée, Il aurait mieux valu qu’on me tue- temoin

Ce Vendredi le 15 juin 2018 la séance de procès en appel de Ngenzi/Barahira a procédé au lecture du PV d’audition de Penina KAREKEZI, entendue le 18 novembre 2012.

Le témoin évoque des perquisitions effectuées par NGENZI à son domicile. Beaucoup de personnes étaient venues à pied. Cela s’est passé en présence de voisins. Le bourgmestre lui aurait demandé qui était caché chez elle : elle avait caché les beaux-parents de son fils alors qu’une certaine Blandine lui aurait dit que c’était dangereux de cacher des gens. NGENZI aurait fouillé toutes les chambres, cherchant même sous les lits. Alors qu’elle était en train de fabriquer du vin de banane, le bourgmestre lui a demandé du jus. Il a pris son pistolet et a obligé le témoin à servir du jus frais à tous les assaillants. Seul un policier communal était là : pas de militaires. Elle a revu NGENZI à Benako.

Conclusions d’incident concernant deux témoins sous X.

La défense conteste le fait que des témoins puissent témoigner sous X. Échanges d’arguments avec monsieur l’avocat général qui demande à la Cour de rejeter cette demande. La Cour ayant délibéré rejette la demande de la défense. Les deux témoins sous X pourront être entendus.

Audition du premier témoin sous X entendu sous le N°47.

NGENZI est venu chez lui et a regardé par une fenêtre. Il a demandé les clés de la maison, a ouvert la porte de la chambre dans laquelle se trouvait une personne qui était cachée. Tout le monde est sorti et est monté un peu au-dessus de la maison. Alors que quelqu’un venait de demander qu’on les fusille, l’un des assaillant a fait remarquer que le témoin avait un frère militaire ! Il fallait donc se méfier. NGENZI l’aurait obligée de jurer de ne plus jamais mettre au monde que des enfants hutu. Il l’a fait reculer d’un coup de coude et elle a fui dans la brousse.

Sur question de la présidente le témoin refuse de dire où elle habite. Elle ne se souvient pas non plus de la date à laquelle cela s’est passé. Elle reconnaît qu’elle a commencé à se cacher à partir du 13 avril et déclare que 8 personnes de sa famille ont été tuées à l’église dont ses parents, sa sœur, un cousin germain, une nièce, son frère et se s deux enfants, ainsi que la femme de son frère. Elle déclare qu’elle est Tutsi.

Toujours sur questions de la présidente, le témoin raconte à nouveau les faits en donnant un peu plus de précisions. Les assaillants étaient bien venus chercher les Tutsi qui auraient pu être cachés. Elle finit par dire que la personne cachée chez elle était sa sœur. Elle n’a pas été témoin de la mort de sa sœur car elle avait fui mais elle sait qu’on l’a enterrée tout près. Quant à savoir si NGENZI était là, comme il est au tribunal, c’est à lui de répondre.

Madame la présidente fait la lecture de ses déclarations en date du 10 octobre 2012. Son mari n’est arrivé qu’un peu plus tard mais il était là lorsqu’on a mis à mort sa sœur. Il était parti acheter du sucre. Mariée à un Hutu, elle se croyait protégée. Elle avait déclaré que c’est TURATSINZE qui avait porté les premiers coups, son mari étant à côté. Le reste correspond globalement à sa déposition du jour.

Madame la présidente se dit quelque peu étonnée qu’on ait tué sa sœur alors qu’elle a été épargnée. « J’étais affligée, répond le témoin, mais chacun tient à la vie. Il aurait mieux valu qu’on me tue, il ne me restait qu’elle. »

Elle reconnaît que son mari a été accusé du meurtre de sa sœur, qu’il a été arrêté et détenu. Quant à savoir s’ils en ont parlé ensemble après, il suffira de lui poser la question puisqu’il va témoigner après elle. NGENZI était le meneur du groupe ? Le témoin répond, selon la culture rwandaise, par une autre question qu’on appelle une « fausse question » dans la mesure où on connaît la réponse : « N’est-ce pas NGENZI qu’ils avaient à leur tête ? Ils avaient été entraînés, ils savaient ce qu’ils avaient à faire ». Combien de temps a duré l’attaque ? Elle n’a pas d’idée, mais elle avait indiqué 40 minutes environ dans sa déposition de 2012.

Toujours sur question de la présidente, elle reconnaît qu’elle a été entendue sous anonymat lors de l’instruction et aujourd’hui, et qu’elle se sent toujours menacée. Elle n’a d’ailleurs dit à personne où elle allait. Elle a simplement dit qu’elle allait veiller quelqu’un à Kanombe (NDR. Quartier de l’aéroport de Kigali.) Madame la présidente note que c’est la première fois qu’elle évoque le fait que quelqu’un était en possession d’une grenade. De répondre qu’elle ne savait pas qu’on allait lui poser ces questions, qu’elle n’a pas mis ses idées en ordre comme pourrait le faire un élève. Elle a été entendue dans le procès de BIENFAITEUR mais ne sait pas s’il a été condamné.

Les réponses du témoin ne satisfont pas madame la présidente qui voudrait qu’elle soit plus précise. Elle n’a vu la mort de sa sœur qu’en regardant au-dessus de son épaule : elle a simplement vu qu’on machettait sa sœur.

Maître CHOUAI lui fait remarquer que c’est la première fois qu’elle mentionne la présence des déplacés de Byumba parmi les assaillants. Le témoin répond qu’il ferait mieux de poser la question à MUGENZI : elle-même ne pouvait pas savoir qui était qui. A plusieurs reprises, refusant de répondre, elle dit qu’on doit demander à son mari.

La dernière question concerne sa fuite à Benako. « Vous fuyez quoi » questionne l’avocat ? « Vous ne devriez pas me poser cette question. Tous les Rwandais n’ont-ils pas fui ? Ils ont fui la guerre. Nous avons fui quand nous avons entendu les balles siffler autour de nous. » Elle n’en dira pas plus.

Ntakirutimana Deus

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